Dans l’épisode précédent, nous vous avons parlé de la place et de l’utilisation de la phytothérapie en France et dans le monde, des différences de statuts des herboristes et de recours aux plantes dans différents pays et cultures. Peu importe la direction où l’on regarde, force est de constater que l’usage des plantes est toujours présent quelque part. Est-il raisonnable et légitime de leur accorder une place dans notre quotidien ? La phytothérapie comporte-t-elle des dangers ? Dans cet article, nous vous emmenons au coeur des débats et des réflexions entourant les plantes médicinales.

Enquête : quelle place pour la phytothérapie

Avec le retour de l’attrait pour les médecines dites “douces” ou “naturelles”, des enquêtes ont été menées pour évaluer l’intérêt et les pratiques des consommateurs sur les produits dérivés de plantes. L’une de ces enquêtes a été menée par Carole Brousse, docteure en anthropologie et Jean-Baptiste Gallé, docteur en pharmacognosie (et rédacteur au Chemin de la Nature). L’objectif étant de dresser un portrait des consommateurs de plantes médicinales ainsi que de leur perception de l’herboristerie et des professionnels de la filière.
Les résultats de ces enquêtes ont été présentés le 13 juin 2018 lors d’une réunion au Sénat.
Tous les comptes rendus de cette mission d’information sont disponibles sur le site du sénat ou sur le site de la fédération des paysans-herboristes.

Il apparaît qu’en France, les plantes médicinales séduisent plutôt les femmes, avec une moyenne d’âge autour de 45 ans. Les démarches qui nous amènent à avoir recours à la phytothérapie sont parfois différentes :
– 47% des répondants à cette enquête affirment avoir recours aux plantes sauvages par méfiance vis à vis de la chimie et l’”allopathie”, par crainte d’effets secondaires des médicaments ou parce qu’ils se trouvent dans une impasse thérapeutique vis à vis de la médecine classique.
– 61% utilisent les plantes soit parce qu’ils s’agit d’une approche “naturelle”, qu’ils perpétuent une tradition familiale, ou par souci d’autonomie et d’efficacité.

Le saviez-vous :
Le terme “allopathie” aurait été proposé en 1800 par Samuel Hanhemann, le fondateur de l’homéopathie, pour désigner la médecine “conventionnelle”. Il désigne toute forme de médecine qui produit des effets contraires à ceux que produisent la maladie, principe qui est en opposition au principe dit “de similitude” rencontré en homéopathie. Pour vous donner un exemple concret : en cas de nausées, l’allopathie recommanderait une substance anti-nauséeuse, tandis que l’homéopathie recommanderait une substance qui donne la nausée, mais en quantités infinitésimales.

Selon un sondage IPSOS de 2019, les personnes qui n’utilisent pas encore les plantes pour les petits maux du quotidien le font pour deux raisons :
– 38% de la population s’estime mal informée sur les traitements naturels.
– 32% ont des doutes sur l’efficacité de ses méthodes.

infographie IPSOS 2019

La phytothérapie représente-elle un danger ?

Peu importe la raison initiale, les plantes sont, pour les français, un recours de traitement, une solution bien-être, et un moyen de prévenir l’apparition de nouveaux problèmes de santé. Alors faut-il se méfier de la phytothérapie, ou au contraire lui faire une confiance aveugle parce qu’il s’agit d’une approche naturelle ? Evidemment : rien n’est jamais noir ou blanc et la réponse se trouve entre les deux.
Il ne faut pas chercher trop loin pour se rappeler que certaines plantes sont mortelles et peuvent être facilement confondues avec des plantes comestibles.

Prenons l’exemple de la grande cigüe (Conium maculatum L.) qui se plaît aux bords des chemins, des haies et dans les décombres. Elle fait partie de la famille des Apiaceae, comme la carotte sauvage (Daucus carota L.) et l’anthrisque commun (Anthriscus caucalis L.) qui sont de bons comestibles. Attention donc aux confusions, car 6 g de feuilles de grande ciguë peuvent provoquer la mort chez un adulte par paralysie respiratoire, en seulement 1 à 6 heures et sans perte de conscience ! Récemment, un groupe de personnes ont été intoxiqués à l’oenanthe safranée (Oenanthe crocata L.) lors d’un stage de survie dans le Morbihan. L’un des membres du groupe est malheureusement décédé.

Moins grave, mais tout aussi embêtant : certaines plantes sont très irritantes pour la peau, allergisantes, ou photosensibilisantes… d’où la nécessité d’avoir de bonnes connaissances botaniques, d’utiliser des sources fiables et surtout de garder à l’esprit que le moindre trouble doit vous pousser à consulter un médecin afin de ne pas retarder la prise en charge et/ou d’aggraver une pathologie… !

Peut-on opposer “chimique” et “naturel” ?
Tout est chimie, même dans la nature ! Il faut distinguer ainsi les molécules naturelles, qui sont produites par les plantes au cours de réactions “biochimiques” et les molécules de synthèse, générées intégralement par des réactions de chimie de synthèse, c’est-à-dire effectuées artificiellement dans des laboratoires de chimie. C’est souvent cette dernière catégorie de substances à laquelle on fait référence quand on parle de “chimique”, par abus de langage. 70% de nos médicaments proviennent, directement ou indirectement de substances “naturelles”. Par exemple, la morphine ou la cocaïne ne viennent ni plus ni moins de plantes à l’origine ! (Le pavot à opium (Papaver somniferum) et le coca (Erythroxylum novogranatense) respectivement)

Phytothérapie : la voie du milieu

Pour toutes les raisons énoncées précédemment, il vaut mieux ne pas forcément prendre pour acquis certains conseils de “grand-mère” ou des recommandations un peu hasardeuses qu’on peut lire ça et là… dans ces cas, il faut discerner le bon du mauvais, en s’appuyant sur la vérification scientifique, il faut croiser et recouper les informations et ne pas se fier qu’à une seule source.

A l’heure actuelle, il existe deux courants de médecine qui tendent à se rejoindre et qui ne sont pas opposées l’une à l’autre :
La médecine traditionnelle, basée sur une expérience empirique et transmise à l’oral ou à l’écrit.
La médecine “conventionnelle”, qui s’appuie sur la démarche scientifique pour éprouver et éliminer au besoin certaines hypothèses. On parle de “médecine basée sur les preuves”, ou “evidence based medicine” en anglais (1).

Parfois, les “remèdes” perdurent simplement parce qu’ils n’ont, a minima pas fait de mal. D’autres perdurent car ils ont été éprouvés scientifiquement. D’autres remèdes traditionnels se propagent et se répandent pendant des années avant que l’on ne découvre qu’ils sont dangereux. On peut citer l’exemple de la saignée, qui fut longtemps considérée comme la solution à tous les maux, alors qu’elle affaiblissait en réalité les patients et démultipliait les risques d’infection.

Etant donné qu’il est impossible que les chercheurs puissent tester l’ensemble des plantes du monde pour l’ensemble des pathologies existantes, la tradition tend à orienter les expériences à réaliser. Chaque année, de nouveaux traitements et médicaments sont mis à l’épreuve, en se basant sur des résultats d’ethnobotanique, des collectages oraux d’usages médicinaux, ou de vieux écrits d’archives.
Inversement chaque année, des remèdes traditionnels sont testés pour telle ou telle allégation, permettant d’affiner les pratiques et d’écarter les traitements dangereux ou inefficaces.

La phytothérapie se situe réellement à la frontière de ces deux mondes. Pour bien la maîtriser, il est important d’avoir une posture critique et exigeante envers les informations qui nous sont données. C’est le coeur de notre démarche au Chemin de la Nature : passer le “on-dit” pour aller vérifier chacune des informations qui sont transmises, écarter et remettre à jour celles qui ne sont plus d’actualité. Soigneusement choisir et synthétiser celles que nous transmettons dans nos formations, afin que chacun puisse se réapproprier ces connaissances, en écartant un maximum de risques.
Bien utilisées, les plantes peuvent nous aider à soulager bien des maux au jour le jour ou à prévoir des troubles à venir, à condition de savoir comment les utiliser.

Dans le prochain article, on passe à la pratique pour vous faire découvrir quelques modes de préparation faciles à réaliser chez soi, qui peuvent vous rendre service au quotidien.

Vous l’aurez compris : de l’identification des plantes sauvages à leur cueillette, de la compréhension du corps humain aux plantes alliées contre les troubles du quotidien : il y a tout ce qu’il faut au Chemin de la Nature ! Et si vous ne pouvez ou ne souhaitez pas suivre nos formations, n’oubliez pas qu’il y a des centaines de vidéos sur notre chaîne Youtube ! Notre équipe de passionnés est entièrement dédiée à vous transmettre le “virus” de l’amour des plantes sauvages comestibles et médicinales !

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Références

1. Singh, S., Ernst, E. & Blanc, M. Médecines douces : info ou intox ? (Cassini, 2014).