Couper ou arracher ? Quels arguments ?

Une lutte idéologique fait rage dans la communauté des mycophages (mangeurs de champignons)… il y a ceux qui les coupent et ceux qui arrachent le pied. Quelle est donc la meilleure école ? Faut-il couper ou arracher les champignons ?

Certains soutiennent que couper est la meilleure méthode pour ne pas abîmer les “racines” du champignon. Or, les champignons ne sont pas des plantes, ils n’ont pas de racines ! Leur partie souterraine est un vaste réseau de filaments, le mycélium. Seule leur partie reproductrice émerge du sol, pendant une brève période de l’année afin de produire des spores et de se reproduire. Rendez-vous dans cet article pour en apprendre plus sur la biologie des champignons.

D’autres soutiennent au contraire que couper est une porte d’entrée pour les parasites et les bactéries et que cette plaie volontaire va engendrer le pourrissement du champignon, puis du mycélium.
Peu importe votre école : sachez que tous les champignons sont destinés à se dégrader. Ils pourrissent sur place après avoir produit leurs spores, que vous les préleviez ou non. Dans la nature, les champignons sont un régal pour les gros, les insectes, les vers…

vieille vesse de loup

Que dit la science ?

Nous avons fait quelques recherches et voici ce que nous avons pu trouver dans la littérature scientifique.
Dans les années 1970, avec la prolifération de la cueillette de champignons populaire, des réglementations ont été mises en place afin de restreindre le poids qu’une personne pouvait prélever. Une étude fut initiée en 1975 en Suisse, puis publiée en 2005, tentant d’évaluer l’impact de la cueillette sur les populations de champignons. Cet article présente donc 30 ans de données sur la question et les résultats sont formels : la cueillette de champignons n’impacte ni la production des sporocarpes, ni la diversité des espèces sur une parcelle.
Et ce, en les coupant comme en les arrachant !
En revanche, le piétinement réduit la fréquence de la fructification. Une autre étude américaine, réalisée sur des populations de chanterelles pendant 10 ans, arrive aux mêmes conclusions. (1,2)

Conclusion : les bonnes pratiques

On vous le répète souvent : une bonne identification est nécessaire avant de consommer votre champignon ! Dans certains cas, le bas du pied est un critère d’identification déterminant. Donc quitte à prélever, mieux vaudrait finalement garder l’intégralité du pied.

Si on résume : la bonne pratique consisterait à ne jamais piétiner trop souvent la même parcelle, à ne prélever que ce dont vous avez besoin pour votre consommation et à cueillir le pied en entier pour une bonne identification. Si vous êtes sûrs de l’identification, il est tout à fait possible de ne prélever qu’une partie et de laisser le reste sur place. C’est le cas de la coulemelle par exemple, pour laquelle on peut directement ne prendre que le chapeau si on ne mange pas le pied.

Exit donc le ramassage de masse à 10 personnes à la fois ! Piétiner et tasser, voilà la cause de la réduction du nombre de champignons !

Surveillez bien la réglementation en vigueur dans votre département, car certains champignons sont interdits à la cueillette. Plus d’informations sur les règles de cueillette dans cet article.
Pour découvrir toutes nos vidéos sur les champignons, rendez-vous sur notre playlist youtube.

A l’automne 2021, nous proposerons une formation complète sur les champignons, pour tous les mycophiles parmi vous !

Références

1. Egli, S., Peter, M., Buser, C., Stahel, W. & Ayer, F. Mushroom picking does not impair future harvests – results of a long-term study in Switzerland. Biological Conservation 129, 271–276 (2006).
2. Norvell, L. Loving the chanterelle to death? The ten-year Oregon chanterelle project. McIlvainea 12, 6–25 (1995).