Dans un article précédent, nous vous avons donné un bref aperçu de l’histoire de l’usage des plantes médicinales au cours du temps. L’usage empirique des plantes sauvages a progressivement fait place à la phytothérapie, une discipline à la frontière de la botanique, de la pharmacie, de la médecine et de la chimie… le terme vous est probablement familier, mais connaissez-vous réellement sa définition, ses grands principes et les personnes qui la pratiquent ?

La phytothérapie : c’est quoi au juste ?

La phytothérapie, (du grec “phyton”, plante et “therapein”, soigner), signifie littéralement “le soin par les plantes”. Cette discipline englobe, au sens large, la plupart des usages traditionnels que l’on peut faire des plantes. Au sens strict, elle désigne l’usage pharmaceutique des plantes. Cette pratique a la particularité d’utiliser la plante pour toutes les molécules qui la composent (c’est ce qu’on appelle le “totum” de la plante) mais elle peut aussi avoir recours à des extraits purifiés ou enrichis.

Par ailleurs, des mélanges de plantes peuvent aussi avoir des effets synergiques et se combiner pour avoir des effets bénéfiques supérieurs à ceux obtenus avec une plante isolée.

Le saviez-vous ?

La notion de totum est très importante en phytothérapie, et considère que le tout est plus que la somme des parties, à savoir que l’action d’une plante sera due à l’ensemble de ses constituants et non à un seul principe actif isolé.

totum d'une plante et action synergique de molécules

La phytothérapie peut s’utiliser dans un but curatif, notamment pour soulager les symptômes liés à une maladie ou les effets secondaires pouvant accompagner un traitement. Elle peut également constituer une approche préventive ou une approche de soutien pour des maladies chroniques, en complément des traitements classiques.

L’herboristerie, qui consiste à produire, préparer et vendre des plantes médicinales est en quelque sorte le pendant pratique de la phytothérapie. Ce terme désigne aussi la boutique dans laquelle sont vendues les plantes. 

Afin de pouvoir pratiquer la phytothérapie, il est nécessaire de connaître les plantes (et de savoir les reconnaître sans se tromper!), leur composition chimique, leurs posologies et leurs indications ! 

Pour cela, des générations de professionnels se sont succédés au cours de l’Histoire. Apothicaires, herboristes, pharmaciens, producteurs de plantes médicinales… qui fait quoi ? Cette question mérite un petit éclaircissement. 

La phytothérapie : qui la pratique (1–3)

L’histoire de l’usage des plantes médicinales est une saga à rebondissement. 

Autrefois pratiquée plus ou moins empiriquement par les herboristes, renseignés par une tradition orale qui se perpétuait au fil des générations, la vente et le conseil autour des plantes se professionnalise avec la naissance de corporations d’apothicaires. Ces derniers disposent d’une boutique dans laquelle ils pratiquent notamment le commerce des plantes médicinales.

En parallèle de cette profession, le métier d’herboriste consistant à produire, préparer et vendre des plantes médicinales se perpétue. Le métier est officiellement reconnu en 1312, et une corporation d’herboristes verra le jour au 15ème siècle. Au cours du temps cependant, le métier d’herboriste est de plus en plus régulé par des institutions comme la faculté de médecine. 

En 1767, la profession d’Herboriste-botaniste est créée mais les apothicaires bénéficient d’un droit de visite et d’inspection des herboristes en exercice. Dans ce contexte, les herboristes réclament un statut pour leur métier et cherchent à acquérir une autonomie par rapport aux apothicaires.

En 1777 cependant, les apothicaires deviennent pharmaciens et le monopole pharmaceutique est créé. Ils disposent alors de l’exclusivité de la préparation de remèdes et la vente de médicaments dans les apothicaireries, devenues pharmacies. 

En 1803, une loi officialise le statut d’herboriste en l’autorisant à délivrer des plantes médicinales. Le certificat d’herboriste est créé : l’examen, alors basé sur la reconnaissance de 50 plantes sèches et de 50 plantes fraîches, se déroule sous le contrôle de l’académie de pharmacie qui délivre le diplôme. 

À force de décrets, la profession d’herboriste est de plus en plus encadrée par les pharmaciens et les écoles de médecine jusqu’au 20ème siècle. Malgré la création de l’école nationale d’herboristerie en 1927 à Paris, le diplôme sera définitivement supprimé en 1941. Après 1941, seuls les herboristes déjà en activité ont pu garder le droit d’exercer. A l’heure actuelle, il n’existe plus à proprement parler d’herboristes, puisque officiellement le métier s’est éteint avec eux.

Le saviez-vous ?

La dernière herboriste diplômée en France s’appelle Marie Roubieu. Elle s’est éteinte en 2018, à 97 ans. 

Si on résume, à l’heure actuelle, seuls les pharmaciens peuvent conseiller et vendre des plantes médicinales dans un but thérapeutique. Une exception cependant, celle des plantes “libérées”. Il s’agit d’une liste de 148 plantes (en réalité des drogues végétales caractérisées par des plantes ou des parties de plante) qui n’appartiennent plus au monopole pharmaceutique. 

Le saviez-vous ?
Les drogues végétales au sens pharmaceutique peuvent être constituées soit de la plante entière (rare, par exemple la droséra), soit d’un organe déterminé de la plante (cas le plus fréquent, par exemple feuille, écorce, fleur, fruit, graine…), soit encore d’une sécrétion de la plante (par exemple une gomme, un latex…). Ainsi seuls les faux-fruits de l’aubépine sont en vente libre, les sommités fleuries d’aubépine correspondant à une autre drogue végétale sont sous monopole pharmaceutique.

Les plantes libérées peuvent être vendues en “vrac” seules ou en mélange sans qualification particulière et bénéficient d’un statut de denrées alimentaires. Les herboristes, qui exercent actuellement sans statut officiellement reconnu comme nous venons de le voir,  se reposent donc essentiellement sur cette liste limitative de plantes vendues en l’état pour vendre leur plantes. Une personne qui vend et conseille l’usage d’une plante médicinale qui n’appartient pas à la liste de plantes libérées du monopole pharmaceutique en l’absence de diplôme de docteur en pharmacie s’expose donc à une condamnation pour “exercice illégal de la pharmacie”. D’autres formes comme les huiles essentielles ou les compléments alimentaires, n’étant pas soumis à la même réglementation permettent toutefois de vendre davantage de plantes lorsqu’elles ont ce statut.

Durant plusieurs années, l’essor de l’industrie pharmaceutique et l’apparition des médicaments de synthèse à l’action souvent plus ciblée, ont contribué au recul de l’utilisation des plantes médicinales pour leurs propriétés. 

Aujourd’hui, face à l’engouement du public pour le retour à des médecines “douces” ou “naturelles”, la phytothérapie et les formations autour de cette discipline reviennent au premier plan de l’actualité. 

De nouveaux acteurs se multiplient sur la scène des plantes médicinales : producteurs de plantes médicinales, paysans-herboristes, conseiller en plantes médicinales… toutes ces personnes peuvent désormais vendre une liste de plantes dites “libérées” du monopole pharmaceutique, à la condition de ne pas leur prêter d’allégations thérapeutiques. Pour consulter la liste des plantes libérées, c’est par ici

Compte tenu de l’histoire et des changements successifs de législation, les frontières entre ces différentes professions peuvent encore paraître floues. Pour mieux comprendre nous avons tenté de représenter les différentes attributions de ces rôles dans cette illustration : 

Tableau des rôles et des attributions de professions autour des plantes médicinales, passées ou présentes. (PL : plantes libérées)

Quel avenir pour l’herboristerie ?

En France, après plusieurs tentatives infructueuses de propositions de loi pour reconnaître et encadrer la profession d’herboriste (1979 et 2010), une mission d’information au Sénat s’est à nouveau penchée sur le sujet en 2018. Elle a abouti à un consensus sur une quarantaine de recommandations concernant les métiers de l’herboristerie et notamment sur l’éventuelle reconnaissance d’un diplôme. À l’issue de cette mission d’information, un groupe de travail s’est constitué pour réfléchir à la rédaction d’une nouvelle proposition de loi. Affaire à suivre…

Quoi qu’il en soit, la profession d’herboriste, qui n’existe plus légalement, tend à se renouveler avec les producteurs de plantes aromatiques et médicinales, dont certains revendiquent l’appellation de “paysans herboristes”, les pharmaciens qui se spécialisent dans la phytothérapie et les commerçants qui vendent des plantes libérées, des compléments alimentaires et autres produits à base de plantes n’appartenant pas au monopole pharmaceutique. 

Le saviez-vous ?
Le pharmacien n'a en aucun cas le droit de délivrer de conseils à caractère médical en dehors de l'officine. Autrement dit il ne peut pas utiliser son titre de pharmacien hors d'une officine. En revanche, il peut comme toute personne commercialiser les 148 plantes libérées, en veillant à ne pas les présenter comme des médicaments. Tout contrevenant s'expose à des poursuites pour exercice illégal de la pharmacie. Un exemple dans cet article.

Le Chemin de la Nature et la phytothérapie

Au Chemin de la Nature, nous aspirons à transmettre la connaissance des plantes sauvages et de leurs propriétés au plus grand nombre afin que ce qui était autrefois de l’ordre de la culture générale reprenne sa place dans notre quotidien. 

L’usage approprié des plantes peut être un vrai atout pour accompagner les petits maux de tous les jours, mais il ne se substitue pas à un suivi médical. Nous sommes convaincus que cette démarche peut contribuer à une prise de conscience sur l’importance des plantes pour notre environnement, notre autonomie, notre alimentation et notre santé. 

De nos jours, il existe de plus en plus de formations et des écoles d’herboristerie, notamment en ligne. Mais elles ne peuvent en aucun cas délivrer un diplôme officiel, et aucune ne pourra faire de vous un “herboriste” ou un “herbaliste” (terme équivalent en anglais). 

Elles se distinguent par leurs prix, leurs durées et leurs contenus…
Notre formation du Cueilleur propose un parcours d’apprentissage exhaustif autour de la botanique et de l’identification des plantes sauvages, de la cuisine et la préparation de remèdes. Elle propose un contenu complet et de qualité autour de la phytothérapie, remis à jour et vérifié par une équipe de professionnels de santé. La formation est dispensée sur une plateforme en ligne accessible à vie. Des forums de cours permettent de poser vos questions aux spécialistes qui encadrent cette formation. Grâce à de nombreuses activités interactives, nous espérons également encourager la réflexion et l’autonomie tout en vous incitant à développer un esprit critique nécessaire à ces pratiques. 

Nous sommes convaincus que le vaste sujet des plantes médicinales doit être abordé et pratiqué à la lumière des connaissances scientifiques, tout en respectant la législation en vigueur. Celle-ci est assez complexe et force les professionnels à jongler entre différents niveaux de réglementations (médicaments, cosmétique, compléments alimentaires, nutrition…). 

Dans l’épisode 3 de notre découverte de la phytothérapie, nous vous emmènerons à la découverte de la réglementation de la phytothérapie, en France et dans le monde. 

La phytothérapie vous intéresse ?
Rendez-vous début octobre pour la sortie de notre collection “Se soigner par les plantes” en 8 mini formations en ligne. Ou dès maintenant dans notre formation du Cueilleur.

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A très vite !

Sources

  1. Les cahiers de l’Ordre national des pharmaciens. Le pharmacien et les plantes – Cultiver votre expertise. Disponible sur : http://www.ordre.pharmacien.fr/content/download/160922/784724/version/1/file/CTOP005_WEB_OK.pdf.
  2. Sénat. Les plantes médicinales et l’herboristerie : à la croisée de savoirs ancestraux et d’enjeux d’avenir.  Disponible sur : http://www.senat.fr/rap/r17-727/r17-7272.html.
  3. Ina.fr, I. N. de l’Audiovisuel. Histoire de l’herboristerie : 2ème partie : le métier d’herboriste. Disponible sur : http://www.ina.fr/video/CPC88007676.